Boissons gazeuses diètes : du nouveau

La semaine dernière, les boissons gazeuses diètes étaient le sujet de conversation de plusieurs scientifiques ainsi que la thématique de plusieurs articles dans les médias. La cause de cette agitation ? Un article scientifique d’envergure publié récemment dans le journal médical réputé Journal of the American Medical Association (JAMA). Oui, une seule étude n’est pas assez lourde pour modifier les recommandations, mais celle-ci est assez majeure pour aiguiser davantage notre point de vue, en tout cas, le mien.

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Photo de Breakingpic sur Pexels.com

L’étude en question a été menée auprès de plus de 450 000 personnes dans 10 pays d’Europe sur une période de 16 ans. Il s’agit d’une des premières grandes études épidémiologiques qui a permis de cerner vraiment l’impact séparé des boissons sucrées et des boissons édulcorées.

Il est important de nuancer que l’étude de JAMA est une étude épidémiologique, c’est-à-dire une étude observationnelle d’association. Il n’a donc pas eu d’intervention auprès des participants. Seulement un suivi et une cueillette des données au fils des années.

Ce qui a été observé dans l’étude de JAMA, c’est que les grands consommateurs de boissons sucrées, même de boissons diètes, édulcorées avec des faux sucres, développent plus de risque d’obésité, de diabète et de maladies cardiovasculaires.

Plus précisément, l’étude suggère que les individus qui consomment deux verres et plus par jour de boissons gazeuses, sucrées ou non, ont plus de risques de mourir prématurément. C’est également ce qu’une étude publiée par la Harvard Medical School ainsi qu’une autre parue dans l’American Journal of Clinical Nutrition avaient rapporté.

L’étude révèle également une prise de poids chez un grand nombre de consommateurs de boissons diètes.

Évidemment, il est encore trop tôt pour sauter aux conclusions. Ce n’est pas une seule étude qui vient chambouler les recommandations. Toutefois, il faut considérer cette publication comme une évidence additionnelle pour réévaluer les risques associés à ces boissons. D’ailleurs, même les auteurs de l’étude rapportent ce point clé: Results of this study appear to support on going public health measures to reduce the consumption of soft drinks.  Traduction libre : les résultats de cette étude semblent renforcer les mesures de santé publique visant à réduire la consommation de boissons gazeuses.

Autre nuance à discuter : un point délicat dans l’interprétation de ces données est que les individus généralement attirés par ces boissons ont d’autres facteurs de risque. On peut se poser la question : est-ce que la prise de boissons diètes est un marqueur de mauvaises habitudes de vie, et les individus adeptes de ces boissons auraient-ils à la base d’autres facteurs de risque ? Difficile d’y répondre.

 

Quels mécanismes seraient en cause ?

Selon le Dr André Marette, l’ingestion de molécules chimiques comme l’aspartame et l’acésulfame de potassium n’est pas sans conséquence pour l’organisme.

Il est connu depuis un moment que ces édulcorants ont un impact sur le microbiote intestinal (bactéries présentent au niveau de l’intestin). De plus, ces molécules activeraient certains récepteurs au niveau de l’intestin et cela suggérerait une prise de calories, mais il n’y en a pas. Le cerveau répondrait donc en nous incitant à ingérer davantage d’aliments, parce qu’il faut compenser le fait qu’on a eu un goût sucré, mais pas de calories.

Bref, un mensonge pour l’intestin et le cerveau le prend mal.

Pour ma part, avant que cette étude soit présentée dans les médias, j’avais tendance à être nuancée et à considérer les boissons gazeuses diètes comme une aide en processus de perte de poids et de maintien du poids. Lorsque consommées à l’occasion et de façon modérée, évidemment. Les évidences n’étant pas claires ni constantes. Néanmoins, cette nouvelle étude dans le journal JAMA fait en sorte que je reconsidère mon opinion professionnelle sur ces produits. Bien sûr qu’un verre de temps en temps ne tue personne, mais je serai moins flexible quant à la consommation de tels breuvages, et ce peu importe le contexte chez mes clients. Eau, café, thé, tisane = les breuvages à favoriser.

Un scientifique doit constamment se remettre en question. La science, ce n’est jamais noir ou blanc ; c’est toujours une zone grise.

Je vous laisse sur une citation du Dr Brad Schoenfeld :

A true scientist is never afraid to admit he’s wrong; in fact, he embraces it. The essence of science is to seek the truth. Period.

 


 

Lien vers l’article (accès payant).

Association Between Soft Drink Consumption and Mortality in 10 European Countries

Article de Radio-Canada :

https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1404937/boisson-sucre-edulcorant-poids-calorie-epicerie

Entrevue d’André Marette à la radio FM 93 :

https://www.fm93.com/extraits-audios/opinions/266693/andre-marette-directeur-de-la-chaire-pfizer-de-recherche-sur-la-pathegenese-de-la-resistance-a-linsuline-et-des-maladies-cardiovasculaires-les?fbclid=IwAR3vf_u1DUFVbgLNp2kgWHFYPcr4-VWVjQ-oqqqFDE8EQjoK7sWWwH2UxGg

Projet de recherche (encore en recrutement!) à l’INAF, portant sur les boissons gazeuses, la santé métabolique et le microbiote :

http://www.inaf.ulaval.ca/projets-cliniques/projets-en-cours/projet-sbg/?fbclid=IwAR0QqgiyLzQBFibtlgF_mGEsDXRMsuacEBPXP8OObX8wLp2X2vIUNgG-VXA#.Xd1qyDJKhUM

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